La révolution au Soudan assiégée
Aujourd'hui, c'est le sixième anniversaire des manifestations qui ont marqué le début de la révolution au Soudan.

Il y a six ans ce mois-ci, les manifestations contre le manque de pain et de carburant se sont propagées comme une traînée de poudre à travers le Soudan.
En quelques jours, les agents de santé ont repris les revendications du mouvement. Cela lui a donné un élan révolutionnaire et l’a transformé en un défi lancé à l’ensemble du régime du dictateur Omar al-Bashir.
Au cours des mois suivants, de larges pans de la société soudanaise se joindront aux manifestations. Elle a culminé avec des sit-in massifs dans les grandes villes et des grèves générales, conduisant à la chute du dictateur en avril 2019.
Le conflit actuel au Soudan est une guerre contre-révolutionnaire, soutenue par les puissances impérialistes et régionales, visant à écraser la lutte du peuple soudanais pour la liberté, la paix et la justice.
Cette violence est une réaction à la révolution de 2018, qui était une tentative audacieuse de démanteler plus de 60 ans de dictature militaire. Deux milices – les Forces armées soudanaises (SAF) dirigées par Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide (RSF) dirigées par Mohamed Hamdan Dagalo – ont plongé le pays dans le chaos.
Désespérés de préserver un système en décomposition, ces vestiges de l’ancien régime ont déclenché une guerre dévastatrice en 2023. Plus de 14 millions de personnes ont été déplacées, plus de 150 000 tuées et des infrastructures vitales, des soins de santé et de l’éducation ont été détruites.
Les deux milices pillent le pays, accaparant les richesses du Soudan tandis que la population supporte le prix de sa cupidité et de sa brutalité. RSF profite de la contrebande d’or et embauche des mercenaires dans les pays du Golfe pour mener les guerres au Yémen et en Libye. Les SAF s’enrichissent grâce aux actifs de l’État et traitent avec des alliés impérialistes.
Les crises du Soudan sont enracinées dans les cicatrices de la colonisation et de l'exploitation qui ont suivi son indépendance en 1956. L'Empire britannique a divisé les régions et les ethnies pour maintenir le contrôle tout en pillant les ressources du Soudan. Des décennies d’ingérence impérialiste ont enraciné un système de corruption et de dépendance.
Les grandes puissances impérialistes et régionales continuent de façonner la tragédie du Soudan. La Grande-Bretagne et l'Union européenne (UE) ont facilité la création du RSF à travers le « Processus de Khartoum ». Cela a permis de former les forces de sécurité et les forces frontalières soudanaises afin de contrôler la « migration illégale » du Soudan vers l’Europe.
Les États-Unis et l’UE, ainsi que l’Union africaine, ont fait pression sur les forces d’opposition civiles pour qu’elles acceptent un gouvernement de partage du pouvoir avec les SAF et les RSF en 2019 après la chute d’Al-Bashir. La complicité d'Israël est claire : les responsables de la sécurité israélienne ont rencontré les dirigeants des SAF et des RSF en 2021. Ils ont ensuite mené un coup d'État contre leurs « partenaires » civils au sein du gouvernement.
En février 2023, le ministre israélien des Affaires étrangères Eli Cohen et al-Burhan ont signé un « traité de paix » donnant la priorité à la coopération militaire, révélant le cynisme de la « paix » comme outil pour masquer les ambitions impérialistes.
Les puissances régionales, dont les Émirats arabes unis, l’Iran, l’Égypte et l’Arabie saoudite, arment les deux camps afin de s’emparer de l’or et des richesses du Soudan, mais surtout d’écraser la révolution. Une révolution victorieuse menacerait leur ordre impérialiste et capitaliste, inspirant des millions de personnes dans le monde à se soulever.
Leurs médias, contrôlés par les grandes entreprises, présentent la guerre au Soudan comme un conflit ethnique ou une crise humanitaire, occultant ainsi ses racines politiques.
Les deux milices sont des criminelles. Condamner les RSF tout en ignorant les crimes des SAF – ou vice versa – ne sert qu’à diviser et affaiblir les forces révolutionnaires.
De même, désigner les Émirats arabes unis comme le seul méchant détourne l’attention des problèmes systémiques qui sous-tendent la crise au Soudan. La lutte n’est pas contre une milice ou une puissance étrangère mais contre le système tout entier.
Mais les révolutionnaires soudanais ont déjà fait preuve d’un courage et d’une résilience extraordinaires. La révolution avait le potentiel de devenir un combat pour une nouvelle société, dans laquelle la richesse de la nation serait au service du peuple, et non des chefs de guerre et des impérialistes.
Reconstruire un mouvement révolutionnaire nécessite une solidarité internationale – non pas avec les gouvernements, mais avec les comités de résistance, les syndicats et les organisations de base qui incarnent l’esprit de la révolution.
