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L’interdiction des réseaux sociaux peut-elle fonctionner ?

Les enfants utilisent les réseaux sociaux

« Avancez vite et cassez les choses », une expression popularisée par Mark Zuckerberg de Facebook, est le mantra des grandes technologies depuis deux décennies. Se projeter sans cesse vers le futur – sans aucune considération des risques – a créé un univers en ligne dangereux.

Lorsqu’il s’agit de « casser des choses », l’inquiétude s’est concentrée sur les adolescents.

La semaine dernière, l'Australie a promulgué une première interdiction mondiale des médias sociaux pour les utilisateurs âgés de moins de 16 ans. De Facebook et YouTube à X et Instagram, les plateformes seront toutes obligées de prendre des mesures pour supprimer les comptes de toute personne mineure, sous peine d'une amende de 25 millions de livres sterling.

Les jeunes sont devenus un marché lucratif pour les grandes technologies, souvent au détriment de leur bien-être. Par exemple, le régulateur Ofcom rapporte que 70 % des enfants britanniques âgés de 11 à 17 ans ont admis avoir vu ou entendu du contenu préjudiciable en ligne sur une période de quatre semaines.

Un rapport de 2025 du Childlight Global Child Safety Institute montre une augmentation de 1 325 % des contenus abusifs en ligne nuisibles générés par l’IA en 2023-2024.

L'interdiction de l'Australie est une tentative de restreindre les algorithmes des médias sociaux qui promeuvent des contenus préjudiciables, tels que la violence, la pornographie et la désinformation, afin de maintenir l'engagement des gens.

Mais, en pratique, que signifiera réellement une interdiction générale pour les jeunes ? Cela protégera-t-il la santé mentale des enfants et préviendra-t-il l’anxiété et les préjudices causés en ligne ?

Les partisans de l’interdiction affirment qu’elle obligera les enfants à sortir, les aidera à mieux dormir et améliorera donc leur santé physique et mentale.

Les détracteurs affirment que l’interdiction poussera les enfants vers des coins encore moins réglementés et plus sombres d’Internet. D’autres remettent en question l’efficacité de la vérification de l’âge. Et les amendes n’incitent guère les entreprises technologiques à s’y conformer : Facebook gagne 25 millions de livres sterling en moins de deux heures.

La science sur les liens entre les médias sociaux et la santé est complexe et continue d’évoluer.

Bien que des études établissent un lien entre l’utilisation des médias sociaux et une mauvaise santé mentale, il existe également des preuves que cela peut constituer une bouée de sauvetage pour certains enfants, en particulier ceux issus des communautés LGBT+, neurodivergentes et rurales.

C’est exactement ce que révèle une enquête menée auprès de près de 1 000 jeunes par Minus18, un groupe de soutien LGBT+ de moins de 18 ans en Australie. Quelque 96 pour cent des personnes interrogées ont déclaré que les médias sociaux étaient importants pour accéder aux amis et au soutien, et 82 pour cent estimaient qu'une interdiction les laisserait déconnectés.

L’interdiction en elle-même ne répond pas à un problème social plus large qui a laissé les jeunes de plus en plus isolés.

Une étude menée par le syndicat Unison a révélé que les coupes budgétaires ont conduit à la fermeture de plus des deux tiers des centres de jeunesse gérés par les conseils en Angleterre et au Pays de Galles depuis 2010. Cela a laissé les adolescents sans centres sociaux où ils peuvent se réunir en personne.

Les coupes budgétaires des gouvernements locaux ont laissé une génération perdue sans accès à un soutien éducatif, à des services et à des espaces sûrs essentiels. Sans cela, ils ont migré vers ce qui est disponible : créer une communauté virtuelle en ligne.

Ainsi, si la Grande-Bretagne reproduisait l’interdiction, cela laisserait de nombreux enfants sans nulle part où aller.

Mais le débat met en lumière la dynamique derrière la crise de santé mentale chez les jeunes et le rôle des médias sociaux. Cette utilisation croissante trouve ses racines dans un monde extérieur détruit par les coupes budgétaires. Les réseaux sociaux amplifient la crise, mais ce sont un symptôme et non une cause.

Accepter une interdiction générale comme moyen d’avancer obscurcit le problème et rend les gouvernements moins susceptibles de s’attaquer à la cause réelle. Si la Grande-Bretagne emboîtait le pas, il y aurait moins de pression pour financer les centres de jeunesse.

Même selon les propres termes de l'interdiction, elle ne résout pas l'architecture nuisible intégrée à la conception même des médias sociaux.

Les régulateurs des médias sociaux doivent se demander pourquoi une plateforme permet aux jeunes d’accéder à des contenus préjudiciables. Forcer les géants des médias sociaux à contrôler leur propre contenu et à réduire leurs bénéfices est le point de départ.

Mais un changement significatif ne passera pas par des interdictions générales : il passera en premier lieu par une réponse à ce qui pousse les jeunes à utiliser les médias sociaux.

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