Israël, Liban et résistance : entretien avec des socialistes libanais

SW : Israël et le Liban sont sur le point d’entamer leurs premières négociations directes depuis des décennies, tandis que les États-Unis et Israël exigent le désarmement du groupe de résistance Hezbollah. Qu’est-ce qui se cache derrière ces pourparlers et quel est le succès du désarmement ?
Jean-Michel : Actuellement, le Liban est toujours attaqué. Le sud ressemble à un désert. Notre classe dirigeante se trouve donc dans une impasse où elle n’est pas en mesure de justifier le désarmement du groupe de résistance du Hezbollah exigé par les États-Unis et Israël.
Si l’on considère le désarmement dans les camps de réfugiés palestiniens, les armes abandonnées sont symboliques. Ce que j’ai vu était un transfert totalement organisé de certaines armes. Cela montre que le président libanais Joseph Aoun peine à mettre en œuvre le désarmement.
La classe dirigeante au Liban est très dépendante du soutien occidental. Il y a beaucoup de projets en cours par des ONG occidentales, ce qui ajoute de la pression.
Ce n’est pas la première fois que le Liban a des discussions officielles avec Israël. En 2019, il y a eu des négociations avec Israël, mais maintenant nous y sommes. Cela montre que la collaboration avec Israël est une erreur fatale.
SW : Après la chute de la dictature d’Assad en Syrie et les attaques israéliennes contre les dirigeants du Hezbollah, à quel point le groupe de résistance est-il plus faible ?
Jean-Michel : Le Hezbollah a certes pris un coup dur, mais il a encore la capacité de faire preuve d’une certaine force. Je pense que le Hezbollah a également pris une décision stratégique. Plus les Israéliens continuent d’attaquer le sud, plus les gens sont éloignés du désarmement du Hezbollah.
En fait, ces derniers mois n’ont été que des attaques contre le territoire libanais, sans aucune justification de la part d’Israël.
Ce pourrait donc être un choix de ne pas riposter – c’est ainsi que je le vois – pour montrer que le Hezbollah n’est pas le problème.
SW : Y a-t-il des espaces pour d’autres types de résistance ?
Jean-Michel : Je pense que les gens ont été écrasés en 2019 par le très grand effondrement économique. Et il y a eu une grande vague de migration de la jeune génération qui est allée vers l’Europe, les pays du Golfe ou les États-Unis pour gagner de l’argent.
Mais il existe des possibilités d'organisation. Le Liban continue de fonctionner parce qu'il est très communautaire, tout le monde est là pour tout le monde.
Toute tentative de reconstruire la vie est en réalité une initiative populaire qui pourrait susciter un nouveau mouvement venant d’en bas. La semaine dernière, par exemple, une manifestation spontanée de solidarité avec les habitants du sud a eu lieu au cœur de la capitale Beyrouth.
Il n’a été appelé par aucune organisation – il s’agissait de personnes partageant simplement des captures d’écran.
L’État sévit contre les réfugiés, les Syriens et les Palestiniens, affirmant qu’ils inondent les écoles et submergent l’État. Mais il y a des gens aux côtés des réfugiés, donc il y a une opportunité de s’organiser ici.
Et la solidarité avec la Palestine n'est pas à remettre en question, surtout parmi la jeune génération, mais il n'y a généralement pas de mouvement syrien.
Un autre point est que les forces de sécurité intérieure font aujourd’hui partie de la classe ouvrière. Après 2019, certains militaires ne gagnent que 40 dollars par mois et travaillent donc à temps partiel, par exemple comme livreurs.
Nous avons besoin de quelques personnes pour essayer de faire bouger les choses. À mon avis, cette situation peut facilement pousser les gens vers un mouvement de masse car le sentiment de solidarité est fort.
SW : Pourquoi Israël a-t-il continuellement attaqué le Liban malgré le cessez-le-feu ?
Simon: Israël fait essentiellement faillite : il doit accomplir sa mission. Il se concentre sur le sud pour tenter d'arrêter la reconstruction du Liban.
Jean-Michel : Comme l'a dit Simon, ils s'attaquent à toute forme de tentative de reconstruction du Sud, qu'il s'agisse d'ingénieurs, d'architectes, de constructeurs, d'équipements ou d'agriculteurs.
SW : Des changements plus importants se produisent au Moyen-Orient avec le cessez-le-feu à Gaza et l’établissement de liens par Donald Trump avec le nouveau régime syrien et les États du Golfe. Quelles sont les implications ?
Simon: Lorsque nous regardons séparément les États de la région, des éléments nous échappent. Mais regardez ce qui s’est passé au Maroc : la « rébellion de la génération Z » est soudainement devenue incontrôlable.
Ensuite, il y a la Tunisie – des manifestations qui ont commencé à cause d’un empoisonnement chimique et qui se transforment pratiquement en mobilisations de masse.
Il faut réfléchir un peu aux limites du régime en Syrie. Le pays est trop faible, il a été bombardé, il a été déchiré, il a besoin d'être reconstruit – beaucoup disent que le nouveau régime de Mohammed al-Sharra se montre simplement pragmatique en travaillant avec les États-Unis.
Mais tout le monde ne l’achète pas. Il y a eu une grande manifestation à Hama et il y a encore beaucoup de tension.
La situation est très précaire et très dangereuse. Israël a remporté des victoires, mais maintenant les Américains disent aux Israéliens : « Ne gâchez rien, nous avons ici une chance d’entrer en contact avec la Syrie. »
Mais les Israéliens ont évidemment un agenda différent. Ils veulent la démilitarisation de la Syrie, c’est pourquoi ils repoussent les lignes rouges.
