Elections françaises : pourquoi le Nouveau Front populaire ne va pas vaincre les fascistes en retirant des candidats
Se retirer en faveur des politiciens racistes et néolibéraux du parti d'Emmanuel Macron n'arrêtera pas les fascistes, cela alimentera leur montée

Le Nouveau Front populaire (NPF) français montre qu’il est totalement immergé dans un système politique ancien et défaillant.
La coalition de gauche a retiré les candidats qui se présentaient contre des personnalités gouvernementales viles et réactionnaires au second tour des élections françaises.
L'excuse est que cela vaut la peine et est nécessaire pour bloquer les candidats du parti fasciste RN. Mais le résultat sera de réhabiliter les ennemis avérés de la classe ouvrière du régime néolibéral et répressif du président Emmanuel Macron. Cela posera les bases d'une nouvelle vague de soutien au fascisme.
Le NPF soutient précisément ceux qui ont ouvert la voie aux dirigeants fascistes Marine Le Pen et Jordan Bardella.
Dans le contexte britannique, ce serait comme si un parti de gauche ne se présentait pas contre Rishi Sunak et Suella Braverman dans l’espoir qu’ils gagnent et stoppent le fasciste Tommy Robinson.
Dans la 6e circonscription du Calvados, le candidat du NPF Noé Gauchard est arrivé troisième au premier tour des élections législatives françaises. Il s'est retiré au profit de l'ancienne Première ministre de Macron, Elisabeth Borne.
Borne est l'une des auteurs des attaques contre les retraites qui ont poussé des millions de personnes dans les rues l'année dernière. Elle a critiqué à plusieurs reprises les conditions de travail des chômeurs. Elle a soutenu les policiers lorsqu'ils ont brutalisé les manifestants après le meurtre de Nahel M par la police il y a un an.
Gauchard est membre de l'une des composantes les plus à gauche du NPF, le parti de Jean-Luc Mélenchon, LFI. En renonçant à affronter Borne, il a pointé la « responsabilité » du gouvernement « qui a opposé l'extrême droite à la gauche humaniste et progressiste ».
Dans le même temps, Leslie Mortreux, députée de LFI, a cédé sa place au ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, qui a fait passer en force les lois les plus racistes du régime Macron. Son nom est associé à des répressions racistes et islamophobes répétées.
Darmanin a déjà écrit pour des publications proches de l'Action française, un mouvement antisémite et royaliste, et a peut-être participé à l'un de ses camps d'été.
En donnant crédit à Borne, Darmanin et consorts, on répète l'idée que ces figures soi-disant centristes sont un barrage contre le RN. C'est la même stratégie terrible qui a poussé Macron à penser qu'il bloquerait Le Pen.
Personne ne doit banaliser la menace du RN, ni l’importance de le vaincre. Tout le monde doit se battre pour « Pas un seul vote pour le RN »,
Mais la gauche aurait dû se rendre compte que l’offensive de Macron contre les migrants et les musulmans, la suppression incessante de droits et le soutien à la sauvagerie des flics ont légitimé les vues de Le Pen. Cela a permis aux fascistes de dire : « Choisissez l’original, pas la copie ».
Donc, une fois de plus, donner un coup de pouce à ces personnalités est désastreux. Cela ne fonctionnera peut-être même pas sur le plan électoral. Le RN a profité de ces retraits pour se moquer de la gauche et mettre tous ses adversaires dans le même panier que les membres d'une caste antidémocratique. Il laisse les fascistes dire que, bien qu'ils se disputent, Macron et Mélenchon méprisent tous les gens ordinaires.
« Mélenchon soutient Madame 49.3 pour battre le RN ! », ont scandé les fascistes. C'est une référence à l'utilisation par Borne de l'article 49.3 de la Constitution pour imposer les attaques contre les retraites sans le soutien des députés.
Cette obsession pour les manœuvres électorales attire surtout l'attention sur l'organisation dans la rue. Cela sera nécessaire pour bloquer les fascistes maintenant et les repousser à l'avenir.
Les élections françaises ne manqueront pas de provoquer des troubles. Bardella pourrait devenir Premier ministre. Ou, si aucun parti n’obtient la majorité, Macron pourrait nommer un « technocrate » – la directrice de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a été mentionnée dans certains rapports. Le manque flagrant de démocratie et la mise en œuvre de mesures d’austérité ne feront que renforcer les fascistes.
Certains évoquent même la possibilité pour Macron de recourir à l’article 16 de la Constitution, qui confère au président des « pouvoirs exceptionnels » en cas de crise aiguë. Il pourrait ainsi gouverner sans Parlement.
Quelles que soient les manœuvres menées au sommet, la mobilisation à la base sera l’enjeu décisif pour arrêter les fascistes et commencer à les repousser.
La gauche et le mouvement antiraciste ne sont pas en reste. Le week-end des 15 et 16 juin, près de 800 000 personnes sont descendues dans la rue contre le RN. La mobilisation de ces personnes, et de celles, nombreuses, horrifiées par le dernier vote du RN, est cruciale.
Le « front républicain » des principaux partis contre le fascisme a échoué. Le NPF a dangereusement tort de le rénover.

