Guide du rebelle sur l'histoire révolutionnaire de Paris
Les Jeux Olympiques se déroulent à Paris. Quelle meilleure occasion pour découvrir l'héritage révolutionnaire de la ville ?

1789 : La Grande Révolution Française
Elle éclata le 14 juillet 1789, lorsque des Parisiens et Parisiennes prirent d'assaut la prison et l'armurerie de la Bastille. C'était un symbole détesté du pouvoir tyrannique de la monarchie des Bourbons.
La Révolution française est devenue un symbole d’espoir pour les radicaux du monde entier. Le poète William Wordsworth, l’un des nombreux radicaux anglais qui affluèrent à Paris, écrivit : « C’était une joie d’être en vie à cette aube, mais être jeune était un véritable paradis. »
Le soulèvement fut provoqué par la tentative du roi Louis XIV d'écraser une tentative de réforme parlementaire limitée initiée par le Tiers État. Le Tiers État, sorte d'organe consultatif sans pouvoir réel, incluait tous ceux qui ne faisaient pas partie des membres privilégiés de la cour ou du clergé.
Les commerçants, industriels et professionnels du Tiers État défièrent le roi en convoquant une Assemblée nationale et en exigeant une nouvelle constitution.
Les revendications de pouvoir politique de la classe capitaliste montante coïncidaient avec les aspirations des pauvres parisiens, lassés de financer le style de vie opulent de la cour par les impôts et de voir les prix des denrées alimentaires grimper en flèche.
Le roi convoque 20 000 soldats à Paris et limoge son principal ministre, Jacques Necker, qui soutient les réformes. La foule, bien décidée à déjouer toute conspiration aristocratique, se dirige vers la Bastille pour s'emparer de mousquets et de poudre à canon.
La nouvelle de la chute de la Bastille eut un retentissement explosif dans le pays. Dans les villes, des révolutions « municipales » éclatèrent et les nouvelles autorités furent souvent contraintes de réduire le prix du pain.
Le roi fut contraint de reconnaître l'Assemblée nationale et se rendit à Paris pour recevoir la cocarde tricolore, symbole de l'insurrection victorieuse.
La nouvelle Assemblée constituante se réunit le 4 août. Craignant des révoltes paysannes, les députés votent la « destruction totale du régime féodal ». Les terres de l’Église catholique sont nationalisées. Le 26 août, le nouveau gouvernement adopte la célèbre Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui promet liberté, égalité et fraternité.
L'Assemblée suscitait l'espoir d'un changement fondamental, mais elle défendait le droit de propriété. L'égalité signifiait l'égalité devant la loi, et non l'égalité économique ou sociale.
Le roi continue de fomenter des plans pour rétablir l’autorité royale par la force. Lorsqu’il convoque des troupes à Versailles le 1er octobre 1789, les femmes de Paris envahissent l’Hôtel de Ville pour réclamer du pain et chercher des armes. Puis elles se dirigent vers Versailles – où le roi et l’Assemblée résident toujours – « armées de balais, de lances, de fourches, d’épées, de pistolets et de mousquets » pour exiger la promesse de pain.
Les femmes commencent à s'organiser en clubs et à revendiquer leurs droits. Au début de l'année 1791, le roi et sa famille tentent de fuir à l'étranger mais sont rattrapés et ramenés à Paris. L'opinion publique se retourne alors contre le roi, qui conspire avec des gouvernements étrangers.
Il fut exécuté le 21 janvier 1793 et la reine de France, Marie-Antoinette, détestée, fut guillotinée le 16 octobre. Le droit divin des rois n'était plus.
Le nouveau gouvernement, dirigé par le Comité de salut public, prit des mesures draconiennes pour protéger la révolution de ses ennemis, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays. La Terreur visait à purger la France de ceux qui constituaient une menace pour l'ordre révolutionnaire.
Mais la France révolutionnaire resta isolée et attaquée par d'autres gouvernements européens et ne put survivre. L'un des architectes de la révolution, Maximilien Robespierre, fut arrêté et exécuté en juillet 1794.
La révolution subit de terribles revers. L'officier Napoléon Bonaparte s'empare du pouvoir et se proclame empereur en 1804.
Mais la nouvelle façon d’organiser la production, selon des principes capitalistes et non plus féodaux, est restée intacte.
Juillet 1830 : « C’est une révolution ! »
En juillet 1830, Paris se retrouve au cœur d'une nouvelle tempête révolutionnaire : le gouvernement réprime les réformateurs et la liberté d'expression, et le chômage connaît une forte hausse.
Lorsque la police fit une descente dans un journal pour saisir des journaux illégaux, elle fut accueillie par une foule en colère, sans emploi, qui criait : « À bas les Bourbons ! ». La monarchie avait été restaurée après la chute de Napoléon en 1815.
Le lendemain, les troupes envahirent les places et les jardins du centre de Paris. Les Parisiens commencèrent à faire pleuvoir sur les troupes des pavés, des tuiles et des pots de fleurs depuis les fenêtres du haut. Vingt-et-un civils furent tués. Les émeutiers se mirent à crier : « Mort aux ministres ! » et « À bas l’aristocratie ! »
Le roi Charles X ordonne à ses ministres de réprimer les troubles, mais ses troupes commencent à déserter. Le roi reçoit une lettre d’un aide de camp qui lui dit : « Sire, ce n’est plus une émeute, c’est une révolution. »
En un jour et une nuit, plus de 4 000 barricades furent érigées dans toute la ville. Le drapeau tricolore des révolutionnaires flottait sur les bâtiments, dont l'Hôtel de Ville.
Les hommes politiques établirent rapidement un gouvernement provisoire et le 2 août, Charles X et son fils abdiquèrent et partirent pour la Grande-Bretagne.
La radicale écossaise Frances Wright se précipita à Paris et observa : « Il ne s’agit plus d’une nation opposée à une autre pour le plaisir des rois, ni d’une secte persécutant une secte pour la gloire de Dieu, ni d’une armée massacrant une armée pour passer d’un Jacques à un George ou d’un Charles X à un Louis Philippe, pour le privilège de faire des lois, de battre monnaie, de créer des pairs et de partager les bonnes choses du pays entre ses disciples.
« Ce sont désormais partout des millions d’opprimés qui font cause commune contre leurs oppresseurs. Ce sont désormais les peuples opprimés de la terre qui luttent pour se débarrasser de ceux qui sont bottés et éperons. »
1848 : Le printemps des peuples
Au printemps 1848, une vague de révolutions déferla sur l’Europe, commençant en Sicile et atteignant son apogée à Paris.
Le 23 février, le peuple parisien a bravé l'interdiction des rassemblements politiques et a marché jusqu'au domicile du Premier ministre, François Guizot.
Ils crièrent : « Vive la réforme ! » La garde nationale refusa de tirer sur la foule. D’autres troupes tirèrent sur la foule, tuant 52 personnes. Des barricades furent érigées dans Paris. Le roi de France Louis Philippe, qui avait parrainé la conquête de l’Algérie, fut contraint d’abdiquer le 24 février.
La république fut proclamée et le drapeau tricolore flotta à nouveau sur l'Hôtel de Ville.
Les ouvrières rejoignaient les hommes sur les barricades, habillées en soldats, brandissant des sabres et plantant des drapeaux rouges et tricolores.
Barbès Chiron, cuisinière, prend ses deux fils et se rend avec son compagnon aux barricades du Palais-Royal. Elle déclare à son amant : « Si moi ou tes fils périssons, tu seras fière de dire : « Ils sont morts pour la justice et pour la patrie ».
Barbès a reçu une pension lorsque son partenaire a été tué, et elle a été blessée sur les barricades le 24 février.
Les radicaux au gouvernement réclamaient la création d’« ateliers sociaux » dirigés par des ouvriers. Mais les républicains modérés qui dominaient le gouvernement voulaient maintenir la main d’œuvre à bas prix et créer des ateliers nationaux.
Le 22 juin, le gouvernement a annoncé que même ces ateliers étaient trop chers et seraient fermés, déclenchant d’énormes manifestations.
Près de 15 000 Parisiens ont érigé de nouvelles barricades pour protester contre le compromis du gouvernement avec l'ancien ordre.
Le gouvernement ordonna le bombardement des quartiers ouvriers et les troupes administrèrent une justice sommaire aux hommes et aux femmes capturés.
Au cours des Journées de Juin, les autorités tuèrent environ 3 000 rebelles, en arrêtèrent 15 000 et en déportèrent 4 000. Malgré le sang versé, l'esprit révolutionnaire du peuple parisien était loin d'être éteint.
Les révolutionnaires, dont Marx, pensaient que les capitalistes seraient à l’avant-garde de la lutte pour se débarrasser du vieil ordre féodal et monarchique. Il s’est inspiré de l’expérience de la Révolution française de 1989.
Mais les capitalistes, la bourgeoisie, se sont montrés trop lâches, craignant que la classe ouvrière et les pauvres ne réclament de plus grands changements sociaux.
Marx qualifia la bataille de Paris de 1848 de « première grande bataille entre les deux classes qui divisent la société moderne ». Les capitalistes n’étaient clairement plus une classe révolutionnaire.
1871 : À l'assaut des cieux
Le 18 mars 1871, les pauvres travailleurs de Paris ont dirigé leur ville pendant 72 jours. La Commune de Paris, premier gouvernement ouvrier, a vu des niveaux de liberté, de démocratie et de protection sociale sans précédent.
Le gouvernement français a accepté un armistice pour mettre fin à la guerre avec la Prusse, le royaume allemand le plus puissant, à la fin de 1870. Les Parisiens ordinaires et leur milice de la Garde nationale étaient furieux.
Le chef du gouvernement, Adolphe Thiers, ordonna à l'armée de s'emparer des canons de la ville. Les femmes de Paris se ruèrent vers leurs canons et commencèrent à faire appel aux soldats. Ces derniers retournèrent leurs armes contre leurs propres généraux et Thiers et son gouvernement s'enfuirent vers la sécurité de Versailles.
Le 26 mars, les Parisiens élisaient leur propre conseil. Tous les fonctionnaires recevaient le même salaire que les autres travailleurs. Tous les membres étaient immédiatement révocables. La Commune fit de la Garde nationale le principal corps armé.
La Commune ferma les prêteurs sur gage, suspendit les dettes et sépara l'Église et l'État. Elle abolit le travail des enfants et accorda des pensions aux partenaires non mariés des gardes tués. Elle établit également le droit des employés à reprendre une entreprise dont les propriétaires s'étaient enfuis.
Des femmes comme Louise Michel, Elizabeth Dimtrieff et Natalie Lemal créent leurs propres organisations pour influencer la marche des affaires et défendre la révolution. L'art explose dans les rues. Le peintre Gustave Courbet conduit une foule pour renverser la statue de Napoléon sur la place Vendôme. La guillotine est extirpée d'une prison et brûlée.
Le 21 mai, le gouvernement français envoie des troupes pour reprendre Paris. Les hommes, les femmes et les enfants de Paris se battent héroïquement sur les barricades, mais pendant ce que l'on appelle la « Semaine sanglante », 30 000 Parisiens sont exécutés.
La Commune a donné l'exemple d'une société démocratique que les ouvriers pourraient mettre en place s'ils prenaient le pouvoir. Eugène Poitier a écrit l'hymne de l'Internationale pour célébrer l'héritage international des Communards.
Marx rejetait l’idée selon laquelle la classe ouvrière pourrait progresser simplement en prenant la tête de l’État existant. La Commune a démontré que « la classe ouvrière ne peut pas simplement s’emparer de l’appareil d’État tout fait et l’utiliser à ses propres fins ».
« Au contraire, la prochaine tentative de la Révolution française ne sera plus, comme auparavant, de transférer la machine bureaucratique et militaire d’une main à une autre, mais de la briser », écrit Marx.
1968 : Exigez l'impossible
En mai 1968, Paris a surpris le monde avec la plus grande grève générale de toute l’histoire de l’humanité.
Plus de neuf millions de travailleurs étaient impliqués, depuis les grandes usines automobiles jusqu'aux artistes du cabaret des Follies Bergère.
Le mouvement de grève de masse a été déclenché par la croissance de la population étudiante en France. Les étudiants étaient frustrés par les universités surpeuplées et impersonnelles et ont été radicalisés par le mouvement contre la guerre du Vietnam. Ils exigeaient également le droit des étudiants et des étudiantes à se rendre visite dans les résidences universitaires.
Le 3 mai, les autorités tentent de reprendre le contrôle de la situation en fermant la Sorbonne à Paris. Dans la nuit du 10 mai, les CRS, les forces anti-émeutes, affrontent les étudiants dans le Quartier latin.
Les centrales syndicales françaises ont appelé à une grève générale d'une journée et à une manifestation de masse à Paris. Un million de travailleurs ont manifesté à Paris le 13 mai. Le lendemain, les ouvriers de l'usine aéronautique Sud Aviation à Nantes se sont mis en grève illimitée et ont occupé leur usine.
Ils enferment les dirigeants dans leurs bureaux et les obligent à écouter L'Internationale, l'hymne de la Commune de Paris. En quelques jours, la grève s'étend à toute la France.
Le processus révolutionnaire qui a commencé avec des barricades dans les rues s’est transformé en une démonstration du pouvoir de la classe ouvrière à transformer la société.
Mais finalement, le gouvernement, avec la coopération des dirigeants syndicaux et d’un Parti communiste stalinien obsédé par la politique électorale, a réussi à reprendre le contrôle.
Il a montré la puissance de la classe ouvrière et la nécessité d'une organisation révolutionnaire engagée dans la lutte pour l'auto-émancipation des travailleurs.
